LA FRANCE ET LE SOUPÇON

On m’a dit récemment  : « Quand tu parles de la France, ou quand tu dis “la France”, ça me gêne. » Gêne ? Sans doute faut-il détecter là un gros euphémisme. En quoi ?
Le paysage politico-médiatico-intellectuel qui est le nôtre est dominé par ce qui apparaît dans le cadre de l’AO comme une pseudo-gauche, et dominé à ce point que même le personnel de droite parle son langage ou adopte ses postures (cf. G. Darmanin avec « Kevin et Matthéo »…) Pour cette “gauche”, être de droite est une erreur, être d’extrême-droite est une honte – délit d’opinion oblige ! Autrement dit, c’est non pas même la morale mais le moralisme de “gauche” qui, avec ses Injonctions, décide du bien et du mal, décerne les brevets de vertu et d’infamie, pratique sa censure et lance ses anathèmes (voir le très spécieux « cordon sanitaire »). Dans ce contexte, dire « la France » c’est se trouver en butte à un soupçon qui est la manifestation première et minimum de ce qui sévit de pire aujourd’hui en matière de terrorisme intellectuel : l’accusation d’appartenir à l’extrême-droite, de pencher ou même simplement de regarder vers l’extrême-droite. Bref, dans l’expression « la France », d’aucuns entendent immédiatement un relent de nationalisme, voire un remugle de pétainisme.
Qu’en est-il de ce soupçon  ?

I. SOUVERAINISME ET SOUVERAINETÉ.

L’AO définit la Souveraineté négativement comme le fait, pour l’individu, de n’être ni Dominé ni Dominant, c’est-à-dire de n’être ni soumis au Désir de Pouvoir de quiconque ni aliéné au sien propre, et positivement comme la possibilité pour chacun de rester maître, en toutes circonstances, de ses choix comme de ses décisions et de n’avoir à en répondre que devant sa propre conscience –  Souveraineté étant synonyme de “responsabilité”. La Souveraineté est donc la traduction individuelle du Politique en ce qu’elle constitue la substance spirituelle du citoyen, l’Individu membre de la République qui, ayant dépassé son propre Désir ou pratiquant l’Ascèse, adhère au contrat social et se voue, de toute sa Volonté, au bien commun, c’est-à-dire à la satisfaction des besoins vitaux de tous (au nombre desquels la sécurité) et au besoin ontologique fondamental de chacun qu’est la liberté (synonyme pour Rousseau de dignité). Tout s’accorde à cette évidence que travailler à l’intérêt général, c’est du même coup œuvrer à son propre intérêt : charité bien ordonnée commence par soi-même en passant par Autrui.
La Souveraineté, notion individuelle, trouve son équivalent sur le plan collectif avec le Souverainisme. Une Nation est un peuple qui, au cours de son cheminement historique, s’est donné une constitution par laquelle il s’institue en République, c’est-à-dire une communauté politique au sein de laquelle chaque citoyen, en toute Souveraineté, participe à l’élaboration des lois qui assurent les droits et consignent les devoirs de chacun pour le bénéfice de tous. Une Nation est donc est un peuple avec une histoire ou une mémoire, lesquelles lui confèrent une identité civilisationnelle, c’est-à-dire, au milieu de toutes les autres Nations, une Différence. Le Souverainisme consiste donc pour un peuple national à prendre, par lui-même et pour lui-même, toutes les mesures qui lui permettent d’affirmer sa Différence afin de participer au concert des Nations.
Il faut alors bien voir que le Souverainisme, posant que c’est le peuple qui décide par lui-même pour lui-même – ce qui s’appelle aussi démocratie ou souveraineté populaire – implique que ce peuple est composé uniquement de citoyens qui, parfaitement libres, sont tous membres actifs de l’Autorité, ou gouvernement par les lois. Les régimes dits d’extrême-droite, bien loin de relever de l’Autorité, ressortissent au Pouvoir, ou gouvernement par les Injonctions. C’est d’un côté la République avec ses citoyens, de l’autre le Système avec ses Dominés. Là où, au sein de la première, les citoyens sont leurs propres maîtres de par la rationalité des lois qu’a élaborées leur Volonté ou la volonté générale, à l’intérieur du second les Dominés sont aliénés au(x) Dominant(s) de par l’arbitraire des Injonctions sécrétées par le Désir de ce(s) dernier(s). Ainsi, ‘Souverainisme’ étant synonyme d’Autorité, l’assimiler à l’extrême-droite ou au Pouvoir est, plus qu’une contradiction dans les termes, une parfaite absurdité. Il faut ajouter que le Souverainisme implique, avec le respect par chaque citoyen de sa propre Nation, le respect de toutes les autres ; autrement dit, il est totalement dénué de tout Désir régressif du genre pétainisme, comme de tout Désir agressif du genre impérialisme.
Dès lors, quand je dis « la France » en revendiquant sa « souveraineté » ou en me posant comme souverainiste, le soupçon de sympathie pour l’extrême-droite apparaît dénué de tout fondement. Sans doute peut-on préciser pour conclure sur ce point que l’éviction de Michel Onfray par France-Culture pour cause de Souverainisme a été non seulement une iniquité, puisque censure pour délit d’opinion, mais une totale aberration intellectuelle. Une fois de plus, dans cette censure, le magistère moral de la pseudo-gauche a joué à plein.

Cependant, disant « la France », je ne me réfère pas seulement à un régime politique : je convoque également une culture ou un phénomène civilisationnel unique – une Différence – qui se manifeste en particulier dans une langue.

II. LA LANGUE.

De même qu’un clan se reconnaît dans et à son idiome, une tribu dans et à son dialecte et une peuplade dans et à son patois, une Nation se reconnaît dans et à sa langue. Une langue est une mémoire puisque véhicule de l’Histoire, celle de la Nation qui l’a formée et qu’elle a formée, la Nation sécrétant sa langue et cette langue ciselant la Nation selon cette longue dialectique qui constitue la vie même de cette Nation au long des siècles. De même que dans l’orthographe des mots se lisent toutes les étapes par lesquelles elle a passé et les emprunts par lesquels elle s’est enrichie, dans la langue s’entend l’esprit de la Nation ou se perçoivent la teneur et la consistance spirituelles qu’elle s’est acquise pour devenir ce qu’elle est ou affirmer sa Différence. Or ce qui résonne dans le paysage politico-médiatico-intellectuel actuel, ou plutôt ce qui le sature, bien loin d’être ce qui devrait s’appeler du Français, est devenu un objet linguistique des plus étranges, étant toujours davantage un jargon, un sabir, un baragouin dans lequel se mêlent, outre les anglicismes à outrance, le globish, le volapük et autres globi-boulga. Autrement dit, on nous sert un discours qui noie, perd, ment, mais de surcroît, et ce n’est pas étonnant, on le fait au moyen d’une langue de plus en plus déglinguée.
Si la langue écrite dans les journaux et revues n’est pas (encore) trop détériorée, celle qui est parlée à la radio et sur les plateaux de télévision, par les journalistes, le personnel politique et même les enseignants des grandes écoles voire du Collège de France, est devenue une catastrophe. Quelques exemples :
• on ne dit plus « Qu’en pensez-vous ? » mais « Vous en pensez quoi ? », plus « Où va-t-on ? » mais « On va où ? », plus « Comment faut-il procéder ? » mais « Il faut procéder comment ? », plus « Quand l’événement doit-il avoir lieu ? » mais « Ça se passe quand ? » On arrive au cocasse avec, au lieu de « Qu’est-ce que tu crois ? », le savoureux « Tu crois quoi ? » dont on se demande si ça croasse ou si ça coasse. Ce langage de la rue déteint même sur la langue écrite de la télévision ; j’ai vu récemment un bandeau affiché pendant un débat : « C’est quoi le droit du sol ? »
• on néglige maintenant, ou, plus grave, on ne sait plus accorder le pronom relatif composé ; on entend couramment : « Les problèmes dans lequel nous nous débattons » ou « Les situations sur lequel nous réfléchissons », « lequel » étant devenu une sorte de joker inadaptable et pétrifié ; on entend aussi, tellement