LA GAUCHE ET LE PEUPLE
Cette gauche se moque comme d’une guigne du vote populaire : elle ne reconnaît que le vote de gauche ; elle n’a que faire des aspirations populaires : elle ne valide que le Désir de gauche. Cette gauche méprise le peuple , se vouant à la déification des victimes, avec une préférence marquée pour l’individu venu d’ailleurs et les minorités transplantées. Cette gauche a substitué au souci du peuple la pitié du migrant. Cependant, cette pitié hautement affichée et pratiquée sur le mode tonitruant et la main sur le cœur a toutes les chances d’être un Mythe puisqu’elle dissimule la violence, ou plutôt la double violence commise à l’égard du peuple de France et à l’égard des immigrés de tous bords. On ne peut ici que rejoindre Michel Clouscard (MC) : « La compassion est devenue le visage humain du mépris. » De même, JPC parle du mépris social qui frappe les classes populaires, et il souligne la part prise dans l’évolution de la gauche quant à ce phénomène. Il est trop évident que cette gauche ne peut plus revendiquer la démocratie à laquelle elle s’identifiait jadis – mais pas naguère encore puisque c’est avec le socialisme opportuniste– et complice de la droite – de F. Mitterand que tout a basculé. En effet, c’est Mitterand qui, dès 1983, a vendu la France aux marchés. Les marchés ! L’idéologie si ce n’est la religion de l’Avoir. De Tonton à Macron (de la gauche caviar des années 80 à la gauche de droite que dénoncent certains aujourd’hui) règne cette idée que le marché, c’est le ruissellement, la prospérité de tous, et à partir de cette cascade bienfaisante ou de cette cataracte charitable, la paix universelle, cette idée que le marché est régulateur des tensions sociales, c’est-à-dire, en termes de l’AO pour en faire apparaître l’absurdité, que l’Avoir, donc le Désir, serait le régulateur des besoins : « Quand tout le monde en aura plein les poches, ce sera le bonheur universel. » Le danger est d’abord bien sûr, comme le souligne SL, que « la croyance en l’autorégulation par le marché amène très logiquement à substituer le marché à toute autre régulation ». Mais surtout, c’était là oublier deux choses dont chacune est suffisante pour condamner cette idéologie : d’une part l’Europe des marchés et de l’immigration massive ne comble pas tout le monde mais ne fait qu’une poignée de nantis pour toujours plus de pauvres ; d’autre part, l’Avoir n’a jamais fait le bonheur puisqu’il ne confère pas l’Être, cette « âme » que dit GO. Non seulement le peuple souffre, et même souvent crève, mais il doit constater, avec l’immigration massive, qu’avec le pain de la bouche, on lui arrache son identité – son Être. C’est là ce que dit Laurent Bouvet (LB) quand il parle d’un double mouvement : « D’une part la stigmatisation de la figure populaire devenue rapidement raciste, xénophobe, sexiste et homophobe ; et d’autre l’exaltation de la différence identitaire culturelle comme d’un bienfait en soi pour les individus comme pour la société. »
Christophe Guilly (CG) dit clairement qu’« en adoptant une posture de surplomb vertueux dans leur rapport, conscient ou inconscient, avec les classes populaires, les élites occidentales modernes assurent une suprématie doctrinale qui permet de réduire toute contestation du capitalisme libéral à un comportement xénophobe et réactionnaire ». Or CG ajoute également, et c’est encore d’une autre portée, que la politique d’immigration est désirée et soutenue par le capitalisme libéral et global moderne. DC pour a part affirme que « le “sociétalisme progressiste” – qu’il s’agisse des questions de genre, de l’intersectionnalité oui encore des “races sociales” – serait un subterfuge du capitalisme pour diffuser l’individualisme nécessaire à son expansion » et, d’accord en cela avec Pier Pasolini Pasolini (PPP) et MC que s’impose le rapprochement entre le fascisme historique et le « néofascisme » que représente le capitalisme. PPP dénonce plus précisément ce « nouveau fascisme qui est celui de la consommation », ajoutant que si « les sociétés répressives avaient besoin de soldats, de saints et d’artistes, la société permissive n’a besoin que de consommateurs. » Slavoj Zizek (SZ) voit l’immigration comme « une nécessité du capitalisme globalisé », et il observe que « le grand capital s’associe fièrement au politiquement correct ».
Tel est aujourd’hui le bloc de gauche : idiot utile si ce n’est complice du capitalisme le plus débridé.
C’est en quoi il faut parler d’imposture. Denis Collin (DC) estime que « la lutte contre les discriminations serait en réalité une idéologie capitaliste visant à dissimuler le statut social et prolétaire de l’immigré en l’enfermant dans un statut de victime du racisme », ou que « le refus de voir une religion en particulier empiéter sans cesse sur l’espace public, imposer ses règles ségrégationnistes contre toute la décence commune sur laquelle repose la communauté politique est maintenant assimilé à du racisme », et il déplore que « d’éminents membres de la “gauche” apportent leur caution à cette imposture. » MG quant à lui fustige cette « gauche mondaine dont le seul programme serait la défense des revendications minoritaires ou catégorielles » et il ajoute que « la notion de “société multiculturelle” dont se gargarise la gauche mondaine en son insondable bêtise relève de l’imposture démagogique la plus caractérisée. » SZ estime que « la « gauche bien-pensante » sert de caution morale au capitalisme mondial, lequel est composé d’ « hypocrites » défendant « l’ouverture des frontières afin de satisfaire à une sorte d’égocentrisme vertueux » et ainsi « jouent la belle âme qui s’estime supérieure au monde corrompu dont elle participe secrètement » non toutefois sans avoir « besoin de ce monde corrompu en tant qu’unique terrain sur lequel ils peuvent exercer leur supériorité morale. » D’où la tyrannie de ce que Murray voit comme le « camp du bien » et qui, « conscient de sa propre décrépitude, prend alors, dans le champ politique et médiatique, l’allure d’une sorte d’inquisition contre la liberté d’opinion et d’expression », adopte des « postures de redresseurs de torts et de justiciers valorisées socialement, quand il ne s’agit pas simplement de s’adonner à la délation, à la disqualification, au chantage, à la diabolisation et au lynchage médiatique comme judiciaire. »
En tout état de cause, il faut constater que la politique pro-immigration, outre qu’elle n’a jamais été votée par les peuples, outre qu’elle menace notre modèle social, outre qu’elle déstabilise les équilibres démographiques, outre même qu’elle prône le déracinement des populations immigrées (voir l’article : “Immigration et valeurs”), tue littéralement les peuples européens. Serge Latouche (SL) précise ce danger de mort en disant que le « déracinement planétaire » et la « déculturation », en favorisant l’individualisme, « non seulement bouleversent les anciens régimes de solidarités sociales, mais encore projettent les sociétés modernes dans une guerre des particularismes et des identités catégorielles ». En fait, quand la gauche clame que l’immigration est une chance pour la France, c’est un autre Mythe qu’elle brandit pour dissimuler sa trahison du peuple. Si bien que la France aujourd’hui, ayant cessé d’être une démocratie, se trouve aux mains d’une ploutocratie qui se dissimule derrière une oligarchie : les riches, tout au Désir d’une main-d’œuvre corvéable à merci, se dissimulent derrière une gauche aux ordres qui chante les louanges de l’immigration massive. La seconde offre aux premiers cette caution “morale” qui permet à un capitalisme débridé de tout déréguler en se drapant dans la vertu humanitaire que la première brandit pour occulter son abandon des classes populaires.
À cause de quoi il faut constater une France déchirée, celle où s’opposent le peuple et les « élites ».
Et la question se pose en permanence, à la fois urgente et douloureuse : de quel côté se trouve la vérité ? Entre ceux qui disent « L’immigration est une chance pour la France » et ceux qui disent « L’immigration est une plaie pour la France » comment se décider ? Entre ceux qui disent « La diversité est bienheureuse » et ceux qui disent « La diversité est désastreuse » pour qui opter ? Peut-être y a-t-il du vrai et du faux des deux côtés. En tout état de cause, dans le cadre de l’AO, donc dans celui du débat, on est prêt à discuter le problème. Mais quand la gauche affirme que l’immigration et la diversité sont un enrichissement pour la France, il semble difficile d’entendre là rien d’autre encore qu’un Mythe, et pour deux raisons. En effet, d’une part on a du mal à comprendre qu’elle manifeste si haut le souci d’enrichir une culture qu’elle débine autant qu’elle peut et qu’elle désire effacer autant que possible ; d’autre part, s’il est possible d’admettre un enrichissement par le fait d’une immigration choisie et fruit d’une Volonté, il apparaît plus problématique qu’il sorte d’une immigration contrainte par les besoins (économiques) ou informée par le Désir (tout est plus beau en Occident !).
Comment dès lors s’arracher à cette division interne, à cette déchirure intime, à cet écartèlement intrinsèque ?
L’AO, devant de problème, n’a qu’un programme : dépasser et non pas effacer.