L’EFFET MÉLENCHON
Ce qu’on appelle aujourd’hui la « gauche » est confisquée, phagocytée, dominée, écrasée, et de ce fait altérée, gangrénée, contaminée par un personnage remarquable, considérable à bien des égards et qu’il faut bien appeler par son nom puisqu’aussi bien on ne lui en connaît pas d’autres : Jean-Luc Mélenchon.
Pour qui veut bien ne pas considérer le personnage à travers les espoirs qu’a toujours suscités la (vraie) gauche ni au prisme de l’idéologie progressiste dont celle d’aujourd’hui s’affuble et s’attife de tout son zèle bien-pensant, JLM se signale à l’attention par une furieuse tendance – pour ne pas dire par une furie tendancieuse – à tenir un discours qui ne laisse pas de laisser pantois tout un chacun, du quidam quelconque à l’homme de bonne volonté, du premier venu au dernier des Mohicans.
Pour se faire une idée précise de l’effet que peut produire l’individu Mélenchon, il suffit de rappeler trois points, points par lesquels il s’est illustré avec un relief agrémenté des teintes les plus vives et des rehauts les plus drus.
PREMIER POINT. — Un beau jour ou par une sale journée, le jeune Nahel, 17 ans et à son actif toute une belle panoplie de délinquant juvénile et précoce, trouve la mort au volant de sa voiture sous les balles d’un policier. JLM ne se demande pas comment il pouvait se faire qu’un si jeune homme se trouvait conduire une voiture (et quelle voiture !) ; JLM ne veut pas savoir les circonstances dans lesquelles le drame a eu lieu, en l’occurrence un contrôle de police et un refus d’obtempérer ; JLM n’a cure des conditions effroyables dans lesquelles opèrent maintenant les forces de l’ordre. JLM se contente d’une déclaration, lapidaire et calibrée : « La police tue. » Autrement dit, JLM d’abord décide que ce policier a été animé de l’intention de tuer, c’est-à-dire qu’il en fait un assassin ; ensuite, il assimile tout un corps de métier à un seul de ses représentants ; enfin il décrète que ce corps tout entier est à l’image de ce représentant et donc qu’il est constitué tout entier d’assassins. Et pourquoi ? Parce que la jeune victime appartient à la communauté des « racisés » et que JLM compte sur elle pour voter en sa faveur.
DEUXIÈME POINT. — Un beau jour ou par une sale journée, un jeune musulman est égorgé dans la mosquée où il travaillait et où ce jour et à cette heure-là il faisait sa prière. Cette fois, JLM décide de ne pas prononcer un mot. C’est qu’en effet il a trouvé beaucoup mieux. Il se joint au cortège qui défile en mémoire de la victime, et là, que fait-il ? Il pleure. Oui, mesdames et messieurs ! Il pleure, en direct, de face et en gros plan ! Il verse des larmes que captent en haute définition toutes les caméras nationales, journalistiques et privées. Pourtant, mesdames et messieurs, que l’on sache, l’année précédente, c’est un prêtre, un prêtre catholique qui a été, de la même façon, égorgé, et dans son église même (avec du reste deux autres victimes, deux femmes, assassinées de la même façon). A-t-on vu alors JLM pleurer en direct, de face et en gros plan ? Avez-vous vu, mesdames et messieurs, JLM verser des larmes qu’auraient pu capter en haute définition toutes les caméras nationales, journalistiques et privées ? Que nenni ! Et pourquoi ? Parce que « SA » victime était un noir musulman et l’autre un blanc catholique, à savoir que l’une était une « bonne » victime et l’autre une victime sans intérêt. Et pourquoi bonne la première ? Parce que « racisée » alors que l’autre appartient à la communauté « raciste, racisante et racialiste » – et parce que JLM, indifférent au fait que le sang d’une victime est aussi rouge que celui de l’autre, ne compte plus que sur les communautés « racisées » pour voter en sa faveur.
TROISIÈME POINT. — Cette fois, JLM reprend la parole. Après avoir lancé, quelque temps auparavant, aux communautés africaines : « Venez, non mais venez, en masse : on vous laisse les clés de la maison » (parce qu’il ne coûte rien à JLM de donner une France qui ne lui appartient pas puisque, juusqu’à nouvel ordre et plus ample informé, elle appartient au peuple français) – eh bien après ce don généreux et gratuit, JLM déclare, cette fois à l’adresse de la communauté dite des Français de souche, communauté que la très médiatique et radicale Houria Bouteldja appelle « les souchiens » (les amateurs de calembours du genre “R-haine” apprécieront celui-ci) JLM donc lance : « Voilà le Grand Remplacement ! Une génération remplace l’autre. Votre génération va devoir laisser la place à la nouvelle. C’est comme ça depuis la nuit des temps. Vous pouvez protester : vous avec déjà perdu. » D’aucuns ont fait remarquer que l’expression « Grand Remplacement », alors qu’elle a valu à son concepteur, Renaud Camus, d’être interdit de médias, et à tous ceux qui l’ont reprise, comme Éric Zemmour, une désapprobation valant condamnation, celle-ci étant parfois prononcée par la justice, cette expression donc, dans la bouche de JLM, devient non seulement légitime mais y acquiert un statut de parole d’évangile pratiquement sacrée, revirement qui permet de crier au « deux poids deux mesures » ! C’est pourtant sous un autre angle qu’il faut peut-être considérer le propos. En effet, Renaud Camus vise le phénomène historique de remplacement d’une population par une autre alors que JLM vise le phénomène naturel de la génération des grands-parents remplacée par celle des parents, laquelle est à son tour remplacée par celle des enfants, et ainsi de suite. Mais c’est justement là qu’on peut voir éclater la malhonnêteté de JLM. En effet, il utilise le remplacement naturel comme un Mythe, à savoir qu’il en fait un écran derrière lequel il dérobe et dissimule le remplacement démographique, ou le fait que la génération qu’il a Désir de voir remplacer l’ancienne ne sera pas engendrée par celle-ci, ou que le remplacement ne sera pas le passage d’une génération à la suivante à l’intérieur du même peuple mais celui d’un peuple par un autre. Et pourquoi cette Mythification ? Parce que JLM déclare désirer voir la communauté raciste remplacée par les communautés « racisées », afin de capter leur vote.
Bref, JLM ne dit et ne fait jamais rien que pour s’emparer de cet objet majeur du Désir qu’est le Pouvoir.
Je ne dirai rien ici du dégoût que m’inspire le cynisme de JLM, cynisme qui, soit dit en passant, ressemble fort à celui d’un François Mitterand (la classe et la tenue en moins toutefois). Je n’analyserai pas non plus cette évidence que JLM, n’œuvrant que pour son Pouvoir, donc mû uniquement par la logique « Moi ! Moi ! Moi ! », patauge dans les bas-fonds ou dans le Religieux, bien loin de se mouvoir vers les hauteurs ou dans le Politique. Je ne ferai pas non plus remarquer que, tout comme c’est le wokisme débridé aux États-Unis qui a favorisé l’élection de son pire ennemi qu’est Donald Trump, avec le retentissement mondial qu’on sait, c’est l’attitude littéralement forcenée d’un JLM qui ouvre un boulevard vers l’Élysée à ce que le leader des « Insoumis » ne se lasse jamais de désigner comme son pire ennemi, le RN, avec l’inévitable retentissement national et intime. Je me contenterai simplement de demander, devant le comportement de JLM, où est passée chez lui ou ce qu’il a fait de cette qualité qui doit fonder l’homme politique puisqu’elle le constitue en ce qu’il faut appeler « un exemple » – je me contenterai donc de demander à JLM ce qu’est devenue quant à lui cette qualité qui s’appelle « la dignité » ?