JOURNALISME OU POLITICAILLERIE

Assurément, le coup porté au RN par Mediapart est des plus sérieux – car il s’agit d’un coup porté au parti à la flamme par le truchement de ces révélations sur son président Jordan Bardella bien plus que d’une attaque contre un individu. Assurément, ce parti que préside l’individu incriminé démontre une fois de plus sa médiocrité si ce n’est sa nullité par le type de défense adopté, Marine Le Pen ayant choisi le pire lors de son procès et qu’aucune leçon ne semble avoir été tirée de cette expérience puisque Jordan Bardella, niant tout en bloc, adopte à son tour la pire des stratégies. Assurément, Marine Le Pen, lançant aux accusateurs d’avoir à se munir de gilets en kevlar, démontre qu’elle est toujours aussi mauvaise – méchante et minable – qu’elle avait montré l’être il y a tantôt dix ans, lors du débat d’entre deux tours avec E. Macron. Assurément, que ces vérités apparaissent au grand jour n’est pas une mauvaise affaire puisqu’il n’est pas sûr, quand même le RN amènerait des éléments recevables quant au diagnostic du malaise certain voire du mal profond qui frappe la France, que les solutions qu’il préconise soient les bonnes ni même qu’elles ne figurent pas parmi les pires.

Cependant, l’enjeu ultime puisque le seul intéressant restant justement l’avenir de la France, c’est sur un autre aspect de cette nouvelle péripétie médiatico-politique qu’il est sans doute intéressant de se concentrer. On connaît l’adage disant que, lorsque le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt ; en l’occurrence, peut-être est-il bon d’examiner ce doigt et est-ce là sinon le plus sage du moins ce qu’on peut faire de moins idiot.

Ce doigt, donc, c’est Mediapart.

Mediapart se présente comme un média d’investigation. D’aucuns estiment qu’en fait d’investigation, il s’agit plutôt d’inquisition, allant même jusqu’à parler de journalisme de fond de poubelles. Chacun appréciera. Quoi qu’il en soit, on peut rappeler quelques faits.

Mediapart a consacré des dizaines d’articles à l’affaire du financement lybien de la campagne de N. Sarkozy de 2007 : très bien, travail indispensable – mais, entre mille autres, sur les sympathies cubaines et vénézuéliennes de certain chef d’un parti de « gauche », combien d’articles ? Que chacun recherche et les compte. Mediapart a consacré des dizaines d’articles au comportement de Patrick Bruel avec les femmes : travail sans doute moins indispensable mais très bien – cependant, sur Tariq Ramadan, pour les mêmes faits, combien d’articles ? Que chacun recherche et les compte. Mediapart révèle l’antisémitisme d’un responsable d’extrême-droite : très bien, fort bien – mais l’antisémitisme qui sévit maintenant à « gauche » et particulièrement dans le grand parti hégémonique qui domine et même écrase cette aile de l’échiquier politique, combien d’articles ? Que chacun recherche et les compte.

On pourrait multiplier les exemples. Mais en l’espèce, il semble permis et même parfaitement légitime de s’interroger.

Aller rechercher les propos d’un garçon de dix-sept ans et tenus dans un cadre privé pour disqualifier un homme de trente ans et ainsi atteindre le parti qu’il préside, aussi inqualifiables que soient ces propos et critiquable ce parti, est-ce là journalisme ou militantisme anti-RN, à savoir politicaillerie ?

Il ne peut faire de doute, puisqu’aussi bien les propos attribués à Jordan Bardella ont plus de douze ans, que Mediapart gardait sa bombe au frais – ou au chaud (selon la saison) – depuis fort longtemps : pourquoi sortir l’affaire maintenant, au début de la campagne des élections présidentielles ? Journalisme ou politicaillerie ?

Médiapart lance la bombe et annonce que les preuves seront produites ensuite. Pourquoi pas les faits et les preuves en même temps ? Pourquoi ce feuilletonnage ? Journalisme ou politicaillerie ?

Quant à ces « preuves », la méthode employée pour les obtenir, journalisme ou politicaillerie ?

Certains considèrent Mediapart comme la voix médiatique de LFI. Chacun peut se faire une opinion. En tout état de cause, il n’est pas difficile de constater que le parti et le média fonctionnent de la même façon. De même qu’à LFI, on est moins soucieux de dire la vérité que de veiller à ne pas déplaire au gourou Mélanchon, à Médiapart on a moins le souci de décrire le réel que celui de complaire au gourou Plenel – Edwy Plenel dont l’islamo-gauchisme, de Septembre noir à Tariq Ramadan, n’est plus à démontrer. Journalisme ou politicaillerie ?

Ceci posé, il est nécessaire de prendre un peu de hauteur.

L’AO a pour but premier de dénoncer tous les Pouvoirs (1) au profit de l’Autorité. Dans cette perspective, comme le seul enjeu véritable, encore une fois, est l’avenir de la France, s’il apparaît impossible de s’en remettre au Pouvoir du RN, il apparaît plus impossible encore de se mettre dans les mains du Pouvoir de LFI. Autrement dit, s’il apparaît impossible de se mettre dans les mains de la possiblement (ou soi-disant) fasciste Marine Le Pen, il apparaît plus impossible encore de s’en remettre à LFI et de confier le destin du pays – ou les clés de la maison – au très stalinien Jean-Luc Mélanchon. Or, quand Mediapart braque les projecteurs sur l’antisémitisme de J. Bardella, de même quand une autre journaliste d’investigation, Caroline Fourest, passe une demi-heure (sur LCI le mardi 29. 09) à lister les accointances du même Bardella avec toute une frange d’antisémites avérés, il apparaît, dans le cadre de l’AO, que se trouve évacuée la seule question intéressante, celle qui se pose pourtant de façon aussi flagrante qu’urgente puisqu’il s’agit de voir si la France va se confier à un Pouvoir ou à une Autorité, à savoir : pourquoi y a-t-il onze à treize millions de Français qui votent RN – POURQUOI ?

Mediapart, au lieu de donner dans la politicaillerie de la dénonciation, pourrait faire de la politique – ou au lieu de se cantonner dans le Religieux inquisitorial pourrait se hisser au niveau du Politique. Comment ? En mettant au jour les raisons de ce vote massif pour le parti d’extrême-droite, c’est-à-dire en mettant en évidence les raisons du désespoir de cette énorme partie de l’électorat qui la pousse vers – voire qui l’accule à – ce recours, et surtout, surtout, en se demandant la part que tient la « gauche » dans ce phénomène de désespérance d’une telle partie du peuple français. Voilà qui serait du journalisme.

(1) Les termes soulignés en violet sont les concepts de l’AO dont la définition se trouve dans le glossaire

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