{"id":251,"date":"2022-10-17T18:56:07","date_gmt":"2022-10-17T16:56:07","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost:8888\/wordpress\/?page_id=251"},"modified":"2022-10-27T18:23:07","modified_gmt":"2022-10-27T16:23:07","slug":"exemple-analyse-ontologie","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/exemple-analyse-ontologie\/","title":{"rendered":"2 exemples d&rsquo;analyse : ontologie"},"content":{"rendered":"<h2>2 exemples d\u2019analyse (suite et fin)<\/h2>\n<h2>2. ONTOLOGIE.<\/h2>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-398 alignright\" src=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Hitlerportrait-190x300.jpg\" alt=\"\" width=\"190\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Hitlerportrait-190x300.jpg 190w, https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Hitlerportrait.jpg 505w\" sizes=\"(max-width: 190px) 100vw, 190px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vais ici reproduire un extrait de l\u2019ouvrage que j\u2019ai consacr\u00e9 \u00e0 Adolf Hitler intitul\u00e9\u00a0<em><a href=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/?page_id=181\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le CROYANT HITLER<\/a>, ou Le Naufrage de la Volont\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce travail est assez proche de ce que Michel Onfray appelle une \u00ab\u00a0psychanalyse existentielle\u00a0\u00bb en ce qu\u2019il vise \u00e0 mettre en lumi\u00e8re la complexion ontologique de Hitler, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 d\u00e9gager les causes des choix et attitudes qui ont fait de lui une des figures les plus \u00ab\u00a0monstrueuses\u00a0\u00bb de l\u2019histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 13 mars 1938, apr\u00e8s la proclamation de l\u2019<em>Anschluss<\/em>, Hitler revient \u00e0 Vienne, le lieu de sa d\u00e9ch\u00e9ance (l\u00e0 o\u00f9, artiste rat\u00e9, il a connu la mis\u00e8re, les foyers sordides et les gagne-pain minables), mais cette fois dans le triomphe. Il s\u2019arr\u00eate \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Imp\u00e9rial, para\u00eet au balcon, et, devant la foule en d\u00e9lire, tient un long discours, dans lequel figure cette phrase :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai vu Charles et Zita [de la famille imp\u00e9riale autrichienne] descendre de leur carrosse et faire une entr\u00e9e majestueuse dans cet h\u00f4tel, sur le tapis rouge, et nous autres, pauvres diables, nous d\u00e9blayions la neige en nous d\u00e9couvrant chaque fois qu\u2019arrivaient des aristocrates. Ils ne nous regardaient m\u00eame pas, bien que je sente encore les parfums qui parvenaient \u00e0 nos narines. Pour eux, pour Vienne, nous avions aussi peu d\u2019importance que la neige qui ne cessa de tomber toute la nuit, et cet h\u00f4tel n\u2019eut pas m\u00eame la d\u00e9cence de nous envoyer une tasse de caf\u00e9 chaud. Ce soir-l\u00e0, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019un jour, je reviendrais \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Imp\u00e9rial, que je foulerais le tapis rouge pour entrer dans ces lieux scintillants ou dansaient les Habsbourg. Je ne savais ni quand ni comment, mais j\u2019ai attendu ce jour, et ce soir, je suis\u00a0 ici.\u00bb\u00a0(John Toland, <em>Hitler<\/em><span class=\"Apple-style-span\">, tome 1, p.468)<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">On va voir que l\u00e0 aussi, comme devant un <a href=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/?page_id=91\/#K\">Mythe<\/a>, il convient de prendre garde aux hic. Dans cette d\u00e9claration, plusieurs d\u00e9tails frappent ou g\u00eanent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Frappe d\u2019abord qu\u2019\u00e0 cet instant de son triomphe, Hitler se r\u00e9jouit moins, comme l\u2019e\u00fbt fait un <a href=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/?page_id=91\/#A\">Adulte<\/a>, d\u2019atteindre \u00e0 une place o\u00f9 il va pouvoir pr\u00eacher le vrai et faire le bien, que d\u2019avoir franchi la <a href=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/?page_id=91\/#D\">Distance<\/a> qui s\u00e9pare le trottoir enneig\u00e9 et boueux du balcon illumin\u00e9 et prestigieux. Il dit clairement que son but n\u2019\u00e9tait pas de se d\u00e9vouer mais d\u2019inverser les r\u00f4les \u2014 non de renverser la <a href=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/?page_id=91\/#U\">Verticale<\/a> injuste du <a href=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/?page_id=91\/#R\">Syst\u00e8me <\/a>mais de l\u2019inverser \u00e0 son profit \u2014 d\u2019\u00eatre celui qui toise apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 celui qui \u00e9tait tois\u00e9 : il dit clairement que son but n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9, avant tout, que de prendre une revanche, voire de se venger \u2014 bref, il tient un discours de parvenu.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-392 alignleft\" src=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/CharlesZita-197x300.jpg\" alt=\"\" width=\"197\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/CharlesZita-197x300.jpg 197w, https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/CharlesZita.jpg 398w\" sizes=\"(max-width: 197px) 100vw, 197px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui nous retient surtout ici est que, dans cette\u00a0phrase, de r\u00e9sonance quelque peu proustienne dans ses premiers mots, on per\u00e7oit nettement que l\u2019entr\u00e9e majestueuse, le tapis rouge, les parfums, les lieux scintillants, n\u2019ont tant de valeur pour Hitler ce jour-l\u00e0 que contrast\u00e9s au d\u00e9blaiement de la neige, au froid, \u00e0 l\u2019absence de caf\u00e9 chaud de ce soir d\u2019antan, et qu\u2019il ne se sent tellement \u00eatre, \u00e0 son tour, l\u2019\u00e9gal de Charles et Zita, que parce qu\u2019il se penche sur le pauvre diable qu\u2019il fut, et qu\u2019il le voit encore se d\u00e9couvrir, les narines satur\u00e9es du signe olfactif de ce qu\u2019il prend pour le sommet de l\u2019Etre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or c\u2019est l\u00e0 qu\u2019un d\u00e9tail g\u00eane, c\u2019est-\u00e0-dire fait tr\u00e9bucher \u00e0 la lecture, mais si subtilement qu\u2019on pourrait facilement le laisser \u00e9chapper. Il se trouve dans la tr\u00e8s curieuse phrase centrale :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils ne nous regardaient m\u00eame pas, bien que je sente encore les parfums qui parvenaient \u00e0 nos narines.\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nul doute, Hitler exprime ici la br\u00fblure comparse : eux \u00e9taient tout, lui n\u2019\u00e9tait rien ; lui ne voyait qu\u2019eux, eux ne le voyaient pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sent ici l\u2019humiliation de qui se sent pouilleux devant qui rutile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, \u00e0 la r\u00e9flexion, on se demande ce que Hitler veut dire exactement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Veut-il faire comprendre que, puisqu\u2019il pouvait sentir les parfums de ces aristocrates, la distance entre eux et les pauvres diables dont il faisait partie \u00e9tait fort r\u00e9duite, et que, malgr\u00e9 cette proximit\u00e9, ces gens ne percevaient m\u00eame pas leur pr\u00e9sence, et encore moins leur effort et leur souffrance ; ou bien veut-il exprimer la trace <em>encore pr\u00e9sente<\/em> qu\u2019il porte en lui de cette sc\u00e8ne d\u00e9j\u00e0 ancienne ? La premi\u00e8re proposition, \u201cIls ne nous regardaient m\u00eame pas\u201d, de m\u00eame qu\u2019une lecture superficielle de la phrase compl\u00e8te, induisent le premier sens ; le second est sensible si on ne lit que la deuxi\u00e8me proposition, \u201cbien que je sente <em>encore<\/em> les parfums\u201d.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-393 alignright\" src=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/charleszita2-246x300.jpg\" alt=\"\" width=\"246\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/charleszita2-246x300.jpg 246w, https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/charleszita2.jpg 655w\" sizes=\"(max-width: 246px) 100vw, 246px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut une lecture attentive pour s\u2019aviser que la phrase rec\u00e8le en fait un d\u00e9faut grammatical qui est certainement signifiant, renvoyant selon toute probabilit\u00e9 \u00e0 un v\u00e9cu tr\u00e8s pr\u00e9cis et tr\u00e8s fort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux premi\u00e8res propositions en effet sont unies par un lien d\u2019opposition qui ne se r\u00e9v\u00e8le pas logique puisqu\u2019elles ne sont pas sur le m\u00eame plan du temps : la premi\u00e8re est au pass\u00e9 ; la seconde au pr\u00e9sent, le pr\u00e9sent de l\u2019\u00e9nonciation, qu\u2019impose clairement l\u2019adverbe \u201cencore\u201d. La premi\u00e8re proposition renvoie \u00e0 un plan historique r\u00e9volu ; la seconde partie de la phrase d\u00e9crit une r\u00e9alit\u00e9 psychologique pr\u00e9sente. Hitler aurait d\u00fb correctement dire : \u00ab Ils ne nous regardaient pas, bien qu\u2019ils pass(ass)ent si pr\u00e8s de nous que je pouvais sentir leurs parfums ; et d\u2019\u00eatre ainsi \u00e0 la fois si proche et si ignor\u00e9, \u00e9tait insupportable ; insupportable au point que cela m\u2019a laiss\u00e9 un souvenir ineffa\u00e7able ; et tellement ineffac\u00e9 que, m\u00eame aujourd\u2019hui, j\u2019ai le nez plein encore de ces parfums qui \u00e9taient le signe de leur superbe et de leur m\u00e9pris.\u00bb<\/p>\n<p>On voit que la phrase de Hitler comporte une ellipse, et de taille.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-399 alignleft\" src=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/htiler2-738x1024-1-216x300.jpg\" alt=\"\" width=\"216\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/htiler2-738x1024-1-216x300.jpg 216w, https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/htiler2-738x1024-1.jpg 738w\" sizes=\"(max-width: 216px) 100vw, 216px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si on restitue le contenu de cette ellipse, on voit ce qui est pass\u00e9 sous silence : c\u2019est justement tout ce qui \u00e9voque le v\u00e9cu profond du <em>Comparse<\/em>, \u00e0 savoir la ranc\u0153ur inexpiable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en fait tout le rapport entre l\u2019anecdote et la ranc\u0153ur qui se trouve gomm\u00e9, la raison pour laquelle cet\u00a0\u00e9v\u00e8nement\u00a0ancien continue d\u2019informer la sensation si pr\u00e9sente. Or, si c\u2019est pass\u00e9 sous silence, c\u2019est certainement que c\u2019est le moins avouable, \u00e0 savoir le plus important.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si c\u2019est inavouable, l\u2019<a href=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/?page_id=91\/#A\">Adulte<\/a> n\u2019ayant rien \u00e0 cacher ni ne r\u00e9pugnant \u00e0 s\u2019avouer rien, c\u2019est de nature comparse : il s\u2019agit ici de toute \u00e9vidence de l\u2019humiliation profonde que Hitler a ressentie ce soir de neige et de labeur, l\u2019humiliation du <a href=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/?page_id=91\/#A\">Comparse<\/a> se voyant au fond de l\u2019<a href=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/?page_id=91\/#G\">Horizontale<\/a> la plus \u00e9cras\u00e9e et qui, rel\u00e9gu\u00e9 tellement bas dans le Syst\u00e8me, n\u2019est pas per\u00e7u par ceux qui \u00e9voluent \u00e0 son sommet, sur ses hauts balcons chatoyants.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-395 alignright\" src=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/hitler3-272x300.jpg\" alt=\"\" width=\"272\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/hitler3-272x300.jpg 272w, https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/hitler3.jpg 362w\" sizes=\"(max-width: 272px) 100vw, 272px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question ontologique : \u201cSuis-je ?\u201d se traduit ici par une angoisse : \u00ab Ces gens ne me voyant pas, bien que je sois si pr\u00e8s d\u2019eux, est-ce que j\u2019existe ?\u00bb Mais il est patent que cette question ontologique est recouverte, supplant\u00e9e, ni\u00e9e m\u00eame par la question comparse : \u00ab Est-ce qu\u2019on n\u2019existe que l\u00e0-haut ?\u00bb Hitler per\u00e7oit moins l\u2019angoisse ontologique qu\u2019il n\u2019est soufflet\u00e9 par l\u2019humiliation comparse, laquelle est signifi\u00e9e \u00e0 son plus haut degr\u00e9 par le choix du verbe : il n\u2019\u00e9crit pas \u00ab Ils ne nous voyaient m\u00eame pas\u00bb, mais bien \u201cIls ne nous <em>regardaient<\/em> m\u00eame pas\u201d. Il signifie bien l\u00e0 qu\u2019il percevait chez ces aristocrates une <em>intention<\/em>, celle d\u2019humilier ces existences en prenant soigneusement garde de ne leur accorder pas un regard, et par l\u00e0, de les nier, de les vouer au n\u00e9ant. Mais qu\u2019est-ce alors qui est inavouable ? Non pas l\u2019intention humiliante des aristocrates, qui est clairement dite, et qui, en tout \u00e9tat de cause, d\u2019une part est peut-\u00eatre enti\u00e8rement invent\u00e9e par Hitler, et d\u2019autre part, m\u00eame vraie, ne serait en rien de son fait, ne jugeant que ses fauteurs.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-396 alignleft\" src=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/hitler4-249x300.jpg\" alt=\"\" width=\"249\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/hitler4-249x300.jpg 249w, https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/hitler4.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 249px) 100vw, 249px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui est inavouable au total, c\u2019est la culpabilit\u00e9 ontologique, mais plus encore le <em>D\u00e9sir<\/em> secret qui se tord au fond de cette humiliation : probablement Hitler ne la ressent-il si douloureusement que parce qu\u2019il s\u2019identifie \u00e0 ces aristocrates m\u00e9prisants ; il semble ainsi l\u2019auteur de sa propre humiliation parce qu\u2019il se d\u00e9sire sur ces balcons prestigieux d\u2019o\u00f9 il pourrait, de tout son d\u00e9dain, se donner la sensation supr\u00eame d\u2019\u00eatre en ne laissant pas tomber un regard sur ceux du bas. On dirait qu\u2019il le d\u00e9sire tellement que c\u2019est tout ou d\u2019abord ce qu\u2019il dit, c\u2019est d\u2019abord ce qui lui vient \u00e0 la bouche, ce soir de mars 38, lorsqu\u2019il se montre \u00e0 la foule : en tout cas, de l\u00e0-haut, il n\u2019a pas un mot pour cette foule, pas un regard qui chercherait \u00e0 y distinguer le moindre petit jeune homme fam\u00e9lique, et par lequel il lui ferait sentir qu\u2019il a per\u00e7u son existence et ne la m\u00e9prise pas. Il ne parle que de soi, de son ascension, et ne fait que se repa\u00eetre de cette satisfaction vaniteuse qui, selon l\u2019AO, ne proc\u00e8de d\u2019aucun id\u00e9al adulte mais bien exclusivement du <em>D\u00e9sir<\/em> comparse.<\/p>\n<h3><strong><em>Conclusion<\/em><\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hitler est un Comparse, c\u2019est-\u00e0-dire un <a href=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/?page_id=91\/#A\">Croyant<\/a>, en ce qu\u2019il est persuad\u00e9 que l\u2019<a href=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/?page_id=91\/#D\">Etre<\/a> se confond avec le sommet du Syst\u00e8me, et que le seul but qu\u2019un humain ait \u00e0 se proposer est de parvenir \u00e0 prendre pied, seul et superbe, sur ce sommet. A cet \u00e9gard, il est aussi dans l\u2019attitude r\u00e9gicide et meurtri\u00e8re du Croyant puisqu\u2019en l\u2019occurrence, de ce sommet, il a chass\u00e9 Charles et Zita, les vouant au n\u00e9ant, c\u2019est-\u00e0-dire les tuant ontologiquement. Enfin, il est bien dans le Mythe en ce que, loin de l\u2019Adulte ath\u00e9e qui dirait la vacuit\u00e9 de ce sommet et r\u00e9cuserait tout pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019occuper, il laisse entendre, en bon Croyant, que Charles et Zita occupaient ce sommet de fa\u00e7on indue alors que lui-m\u00eame, depuis toujours, y est seul l\u00e9gitime. En somme\u00a0: \u00ab Eux \u00e9taient des faux dieux\u00a0: moi seul suis le vrai\u00a0! Eux en \u00e9taient de mauvais\u00a0; moi seul suis le bon\u00a0!\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-397 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/hitler5-208x300.jpg\" alt=\"\" width=\"208\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/hitler5-208x300.jpg 208w, https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/hitler5.jpg 468w\" sizes=\"(max-width: 208px) 100vw, 208px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>2 exemples d\u2019analyse (suite et fin) 2. ONTOLOGIE. Je vais ici reproduire un extrait de l\u2019ouvrage que j\u2019ai consacr\u00e9 \u00e0 Adolf Hitler intitul\u00e9\u00a0Le CROYANT HITLER, ou Le Naufrage de la Volont\u00e9. Ce travail est assez proche de ce que Michel Onfray appelle une \u00ab\u00a0psychanalyse existentielle\u00a0\u00bb en ce qu\u2019il vise \u00e0 mettre en lumi\u00e8re la complexion ontologique de Hitler, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 d\u00e9gager les causes des choix et attitudes qui ont fait de lui une des figures les plus \u00ab\u00a0monstrueuses\u00a0\u00bb de l\u2019histoire. Le 13 mars 1938, apr\u00e8s la proclamation de l\u2019Anschluss, Hitler revient \u00e0 Vienne, le lieu de sa d\u00e9ch\u00e9ance (l\u00e0 o\u00f9, artiste rat\u00e9, il a connu la mis\u00e8re, les foyers sordides et les gagne-pain minables), mais cette fois dans le triomphe. Il s\u2019arr\u00eate \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Imp\u00e9rial, para\u00eet au balcon, et, devant la foule en d\u00e9lire, tient un long discours, dans lequel figure cette phrase : J\u2019ai vu Charles et Zita [de la famille imp\u00e9riale autrichienne] descendre de leur carrosse et faire une entr\u00e9e majestueuse dans cet h\u00f4tel, sur le tapis rouge, et nous autres, pauvres diables, nous d\u00e9blayions la neige en nous d\u00e9couvrant chaque fois qu\u2019arrivaient des aristocrates. Ils ne nous regardaient m\u00eame pas, bien que je sente encore les parfums qui parvenaient \u00e0 nos narines. Pour eux, pour Vienne, nous avions aussi peu d\u2019importance que la neige qui ne cessa de tomber toute la nuit, et cet h\u00f4tel n\u2019eut pas m\u00eame la d\u00e9cence de nous envoyer une tasse de caf\u00e9 chaud. Ce soir-l\u00e0, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019un jour, je reviendrais \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Imp\u00e9rial, que je foulerais le tapis rouge pour entrer dans ces lieux scintillants ou dansaient les Habsbourg. Je ne savais ni quand ni comment, mais j\u2019ai attendu ce jour, et ce soir, je suis\u00a0 ici.\u00bb\u00a0(John Toland, Hitler, tome 1, p.468) On va voir que l\u00e0 aussi, comme devant un Mythe, il convient de prendre garde aux hic. Dans cette d\u00e9claration, plusieurs d\u00e9tails frappent ou g\u00eanent. Frappe d\u2019abord qu\u2019\u00e0 cet instant de son triomphe, Hitler se r\u00e9jouit moins, comme l\u2019e\u00fbt fait un Adulte, d\u2019atteindre \u00e0 une place o\u00f9 il va pouvoir pr\u00eacher le vrai et faire le bien, que d\u2019avoir franchi la Distance qui s\u00e9pare le trottoir enneig\u00e9 et boueux du balcon illumin\u00e9 et prestigieux. Il dit clairement que son but n\u2019\u00e9tait pas de se d\u00e9vouer mais d\u2019inverser les r\u00f4les \u2014 non de renverser la Verticale injuste du Syst\u00e8me mais de l\u2019inverser \u00e0 son profit \u2014 d\u2019\u00eatre celui qui toise apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 celui qui \u00e9tait tois\u00e9 : il dit clairement que son but n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9, avant tout, que de prendre une revanche, voire de se venger \u2014 bref, il tient un discours de parvenu. Ce qui nous retient surtout ici est que, dans cette\u00a0phrase, de r\u00e9sonance quelque peu proustienne dans ses premiers mots, on per\u00e7oit nettement que l\u2019entr\u00e9e majestueuse, le tapis rouge, les parfums, les lieux scintillants, n\u2019ont tant de valeur pour Hitler ce jour-l\u00e0 que contrast\u00e9s au d\u00e9blaiement de la neige, au froid, \u00e0 l\u2019absence de caf\u00e9 chaud de ce soir d\u2019antan, et qu\u2019il ne se sent tellement \u00eatre, \u00e0 son tour, l\u2019\u00e9gal de Charles et Zita, que parce qu\u2019il se penche sur le pauvre diable qu\u2019il fut, et qu\u2019il le voit encore se d\u00e9couvrir, les narines satur\u00e9es du signe olfactif de ce qu\u2019il prend pour le sommet de l\u2019Etre. Or c\u2019est l\u00e0 qu\u2019un d\u00e9tail g\u00eane, c\u2019est-\u00e0-dire fait tr\u00e9bucher \u00e0 la lecture, mais si subtilement qu\u2019on pourrait facilement le laisser \u00e9chapper. Il se trouve dans la tr\u00e8s curieuse phrase centrale : Ils ne nous regardaient m\u00eame pas, bien que je sente encore les parfums qui parvenaient \u00e0 nos narines.\u00bb Nul doute, Hitler exprime ici la br\u00fblure comparse : eux \u00e9taient tout, lui n\u2019\u00e9tait rien ; lui ne voyait qu\u2019eux, eux ne le voyaient pas. On sent ici l\u2019humiliation de qui se sent pouilleux devant qui rutile. Mais, \u00e0 la r\u00e9flexion, on se demande ce que Hitler veut dire exactement. Veut-il faire comprendre que, puisqu\u2019il pouvait sentir les parfums de ces aristocrates, la distance entre eux et les pauvres diables dont il faisait partie \u00e9tait fort r\u00e9duite, et que, malgr\u00e9 cette proximit\u00e9, ces gens ne percevaient m\u00eame pas leur pr\u00e9sence, et encore moins leur effort et leur souffrance ; ou bien veut-il exprimer la trace encore pr\u00e9sente qu\u2019il porte en lui de cette sc\u00e8ne d\u00e9j\u00e0 ancienne ? La premi\u00e8re proposition, \u201cIls ne nous regardaient m\u00eame pas\u201d, de m\u00eame qu\u2019une lecture superficielle de la phrase compl\u00e8te, induisent le premier sens ; le second est sensible si on ne lit que la deuxi\u00e8me proposition, \u201cbien que je sente encore les parfums\u201d. Il faut une lecture attentive pour s\u2019aviser que la phrase rec\u00e8le en fait un d\u00e9faut grammatical qui est certainement signifiant, renvoyant selon toute probabilit\u00e9 \u00e0 un v\u00e9cu tr\u00e8s pr\u00e9cis et tr\u00e8s fort. Les deux premi\u00e8res propositions en effet sont unies par un lien d\u2019opposition qui ne se r\u00e9v\u00e8le pas logique puisqu\u2019elles ne sont pas sur le m\u00eame plan du temps : la premi\u00e8re est au pass\u00e9 ; la seconde au pr\u00e9sent, le pr\u00e9sent de l\u2019\u00e9nonciation, qu\u2019impose clairement l\u2019adverbe \u201cencore\u201d. La premi\u00e8re proposition renvoie \u00e0 un plan historique r\u00e9volu ; la seconde partie de la phrase d\u00e9crit une r\u00e9alit\u00e9 psychologique pr\u00e9sente. Hitler aurait d\u00fb correctement dire : \u00ab Ils ne nous regardaient pas, bien qu\u2019ils pass(ass)ent si pr\u00e8s de nous que je pouvais sentir leurs parfums ; et d\u2019\u00eatre ainsi \u00e0 la fois si proche et si ignor\u00e9, \u00e9tait insupportable ; insupportable au point que cela m\u2019a laiss\u00e9 un souvenir ineffa\u00e7able ; et tellement ineffac\u00e9 que, m\u00eame aujourd\u2019hui, j\u2019ai le nez plein encore de ces parfums qui \u00e9taient le signe de leur superbe et de leur m\u00e9pris.\u00bb On voit que la phrase de Hitler comporte une ellipse, et de taille. Si on restitue le contenu de cette ellipse, on voit ce qui est pass\u00e9 sous silence : c\u2019est justement tout ce qui \u00e9voque le v\u00e9cu profond du Comparse, \u00e0 savoir la ranc\u0153ur inexpiable. C\u2019est en fait tout le rapport entre l\u2019anecdote et la ranc\u0153ur qui se trouve gomm\u00e9, la raison pour laquelle cet\u00a0\u00e9v\u00e8nement\u00a0ancien continue d\u2019informer la sensation si pr\u00e9sente.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-251","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/251","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=251"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/251\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":509,"href":"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/251\/revisions\/509"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.analyse-ontologique.fr\/aowp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=251"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}